Le traité de l'efficacité de François Jullien (Poche)
Je suis tombé récemment sur ce petit ouvrage d’un peu plus de 200 pages, dont le titre m’avait intrigué car situé dans le rayon " spiritualité et religions " au lieu de celui réservé au management et à la gestion des entreprises.
Ni meilleure, ni supérieure, cette pensée traditionnelle apporte un éclairage intéressant à des logiques qui nous paraissent aller de soi, tellement elles sont implicites et liées à notre culture. D’un abord un peu austère, cet ouvrage permet également de mieux comprendre le terreau culturel sur lequel s’est développé le bouddhisme, en arrivant en Chine et au Japon.
Schématiquement, dans l’occident moderne l’action est fondée sur une forme idéelle (Ideos) que nous posons comme but (telos) à atteindre dans les faits. Autrement dit, l’occident conceptualise ou jette des schémas (militaires, économiques, culturels, scientifiques….) sur le monde qu’il faudra ensuite réaliser. Le modèle est surimposé à la réalité.
La question est donc de s’avoir si ce qui a bien réussi dans le domaine technique, en nous rendant maître de la nature, vaut également pour la gestion des rapports humains, caractérisés avant tout par de l’indétermination.
La pensée traditionnelle chinoise n’est pas fondée sur des formes idéelles ou des archétypes. Le réel se présente comme un processus découlant de la seule interaction des facteurs en jeu. L’ordre ne vient pas d’un modèle mais est contenu tout entier dans le processus (Tao ou voie). La pensée chinoise a donc pu se passer de la notion d’Être ou de Dieu.
Deux notions essentielles apparaissent donc dans cette pensée. D’un côté la situation objective et de l’autre le potentiel (ou Energie, shi).
Il s’agit donc plus d’évaluer la situation (comprendre le processus global) afin de trouver le meilleurs biais (déroulement naturel du processus) plutôt que d’imposer un schéma préétabli.
Il ne s’agit pas d’imposer l’effet mais le laisser s’imposer. " Ainsi , du bon stratège on ne voit rien à louer. Le mérite est si complet qu’il passe inaperçu ".
Schématiquement :
- la nature grecque " fabrique " tandis que le sage chinois " transforme ".
- L’occident utilise le couple " moyens/fins ", tandis que la pensée chinoise s’appuie sur une logique " conditions/conséquences ". Le succès est entendu comme possible par les premiers et inéluctable par les seconds.
Ainsi le non agir de Lao Tseu (Wu-Wei) est souvent perçu comme de la passivité alors qu’il s’agit d’agir comme le dragon dont le corps souple et sans forme se meut sans laisser de trace. Il avance sans se dépenser.
Le sage a une vision de l’ensemble du processus de manière à en anticiper les effets.
Bonne lecture.